En ce mois de juillet 2026, alors que les Bleus de Didier Deschamps font vibrer la France depuis les États-Unis, c'est l'occasion parfaite de se souvenir du rapport singulier qu'entretenait Johnny Hallyday avec l'équipe de France.
Il ne connaissait pas grand-chose au football. Il a quand même interprété l'hymne officiel des Bleus pour une Coupe du Monde, chanté dans leur stade moins de deux mois après leur plus grande victoire, et offert à la France l'une des boulettes les plus savoureuses de l'histoire du petit écran. Retour sur ce lien aussi inattendu qu'inoubliable.
Un rocker peu porté sur le ballon rond
Soyons honnêtes d'emblée : Johnny Hallyday n'était pas un fan de football. C'est même, selon ses propres mots et ceux de son entourage, l'une des rares choses qui ne l'animait pas vraiment. Lui, c'était la guitare, les Harley-Davidson, les grands espaces américains, Elvis Presley. Pas les tactiques d'Aimé Jacquet ni le classement de Ligue 1.
Pourtant, par le jeu des circonstances, de l'amitié nationale et d'une certaine idée de la France populaire, Johnny Hallyday s'est retrouvé, à plusieurs reprises, au cœur de l'histoire des Bleus. Et à chaque fois, ça a donné quelque chose d'inoubliable.
Mars 1998 : les vœux de Johnny avant le Mondial
Le 2 mars 1998, Johnny Hallyday est l'invité de l'émission Champion du monde sur France 2. La France s'apprête à accueillir la Coupe du Monde sur son sol pour la première fois depuis 1938, et toute la nation retient son souffle. Johnny, en bon citoyen et idole nationale, adresse ses vœux de réussite à l'équipe de France pour le tournoi à venir.
Il ne sait peut-être pas aligner les noms de tous les joueurs du groupe d'Aimé Jacquet, mais il incarne quelque chose que les Bleus incarnent aussi ce soir-là : la fierté d'un pays tout entier derrière ses champions. C'est suffisant. C'est Johnny.
Septembre 1998 : Johnny allume le feu dans le stade des champions du monde
Johnny et Laeticia Hallyday au stade de France lors de la finale de la coupe du monde de 1998
Le 12 juillet 1998, la France remporte la Coupe du Monde au Stade de France de Saint-Denis, en battant le Brésil 3 à 0. Zidane inscrit deux buts de la tête. La France pleure de joie. C'est la nuit la plus folle depuis la Libération.
C'est pour le 4 septembre 1998 qu'est prévu le premier concert de Johnny au Stade de France — et il en sera le premier artiste français à y présenter son propre concert en tête d'affiche (Jean-Louis Aubert s'y était produit avant lui, mais uniquement en première partie des Rolling Stones le 25 juillet). Le lieu porte encore l'énergie de la victoire des Bleus. Le public arrive avec les mêmes frissons que ceux du soir du titre.
Mais le destin s'invite : une pluie diluvienne s'abat sur Saint-Denis toute la journée, trempant toutes les installations électriques. Le concert du 4 septembre est annulé à la dernière minute par le producteur Jean-Claude Camus. 80 000 spectateurs quittent l'enceinte sans une échauffourée, sous le choc mais disciplinés. Un concert de remplacement est organisé le 11 septembre, et c'est sous une nouvelle pluie incessante que Johnny monte sur scène.

Concert de Johnny Hallyday au stade de France en 1998
Ce qu'il se passe alors entre dans la légende. Déchaîné, il joue dans les flaques, fait le tour de la scène sous l'averse, donne tout. Il interprète Allumer le feu — écrite par Zazie en moins de 24 heures, après un appel téléphonique en pleine nuit de Pascal Obispo qui lui avait demandé un texte pour l'ouverture du show. Zazie s'appelle Zazie, et dans l'histoire Johnny-football, ce prénom aura bientôt une importance particulière, on y reviendra — dans un délire absolu. Au total, trois concerts rassemblent environ 240 000 spectateurs sur les 5, 6 et 11 septembre. L'album live Stade de France 98 – Johnny Allume le Feu sort le 24 novembre 1998 et devient un disque de platine.
Johnny venait de s'approprier symboliquement le stade des champions. Le Stade de France avait désormais deux légendes : les Bleus de 98 et Johnny sous la pluie.
2002 : l'hymne officiel des Bleus… et la boulette du siècle
Quatre ans après le titre mondial, la France part défendre sa couronne au Japon et en Corée du Sud. Championne du monde en 1998, championne d'Europe en 2000, elle fait figure de grande favorite. Il lui faut un hymne à la hauteur.
Pour ce Mondial 2002, Johnny Hallyday est choisi pour interpréter l'hymne officiel des Bleus — les joueurs eux-mêmes auraient demandé à ce que ce soit lui. La chanson, intitulée Tous ensemble, est écrite par Catherine Lara, Thierry Eliez et Adrien Blaise, et composée par Catherine Lara, Thierry Eliez et Michel Sanchez. Johnny l'enregistre et la porte sur les ondes. Le single s'arrache : plus de 530 000 exemplaires vendus, un record pour une chanson officielle de l'équipe de France — Catherine Lara elle-même, dans une interview accordée en 2023, qualifiera ce succès d'« énorme ». Détail savoureux : c'est la première fois depuis la création du Top 50 en 1984 que Johnny Hallyday se hisse à la première place du classement.
Couverture du single "Tous ensemble" de Johnny Hallyday
La machine est lancée. Johnny est partout pour promouvoir les Bleus. Il se retrouve notamment sur le plateau du 20 heures de TF1, face à Claire Chazal, pour défendre la chanson et parler de l'équipe. Claire Chazal lui demande s'il connaît des joueurs. Johnny répond alors avec son aplomb légendaire :
« J'en connais quelques-uns, bon bien sûr, je connais… Je connais Zazie, je l'adore comme joueur, comme beaucoup. J'en connais quelques-uns, pas très bien, mais je les rencontre de temps en temps et je sais qu'ils m'aiment bien. »
Johnny Hallyday au 20h de TF1
Zazie. Pas Zizou. Pas Zinédine Zidane, la star incontestée des Bleus, Ballon d'Or 1998 et double FIFA World Player of the Year (1998 et 2000), qui venait de remporter la Ligue des Champions avec le Real Madrid — et qui, ironiquement, était même blessé et absent lors des deux premiers matchs de ce Mondial. Non : Zazie, la chanteuse française, auteure notamment de… Allumer le feu.
La confusion est totale, délicieuse, immédiatement culte. La France entière sourit. Johnny, informé de sa boulette, rit le premier. Un moment de télévision inoubliable, symptôme parfait de ce rapport décalé entre le Taulier et le football.
La suite est moins drôle pour les Bleus : l'équipe de France est éliminée dès le premier tour sans marquer le moindre but, battue par le Sénégal (1-0), tenue en échec par l'Uruguay (0-0) et battue par le Danemark (2-0). Tous ensemble n'a pas porté bonheur. Certains supporters ont préféré s'en souvenir comme d'un détail.
Un lien symbolique au-delà du football
Johnny Hallyday à côté du footballeur Youri Djorkaeff
Ce qui est fascinant dans la relation entre Johnny Hallyday et l'équipe de France, c'est qu'elle transcende le cadre sportif. Johnny n'a jamais prétendu être un expert du football — sa boulette Zazie/Zidane en est la preuve la plus savoureuse. Mais il représentait quelque chose que le football de haut niveau cherche toujours à capter : l'émotion collective, la fierté nationale, le rassemblement populaire.
Les Bleus remplissent des stades. Johnny aussi. Les Bleus font pleurer la France. Johnny aussi. Les deux font vibrer 60 millions de personnes au même moment, pour des raisons différentes mais avec la même intensité.
C'est peut-être ça, le vrai lien entre Johnny Hallyday et l'équipe de France : pas le football, mais la France.
Et les joueurs, eux, l'aimaient
Si Johnny ne suivait pas vraiment les résultats des Bleus, les joueurs, eux, connaissaient parfaitement ses chansons. De nombreuses personnalités du monde du sport lui ont rendu hommage à sa disparition en décembre 2017, soulignant l'importance de ses concerts dans leur enfance ou leur adolescence.
Que je t'aime, Allumer le feu, Ma Gueule : ces titres ont résonné dans les vestiaires, les bus, les chambres d'hôtel de toute une génération de footballeurs français. Johnny ne savait pas qui jouait en défense centrale, mais les défenseurs centraux, eux, connaissaient toutes ses chansons par cœur.